MAX WEBER ET LES POLONAIS

Le racisme expliqué au mômes : c’était pas compliqué, j’aurais pu m’en tenir aux postulats de base, mais il a fallu que je pète plus haut que mon cul. Devant les huit élèves de Capucine, la crème de sa classe qu’elle avait gentiment sélectionné pour moi, des enfants intelligents, curieux, attentifs, je me suis laissé emporté par la folie du maître-qui-sait-tout. Je leur ai parlé de xénophobie, de ségrégation, de génétique, je me suis embrouillé avec les ethnies, les cultures, les races, les pauvres étaient complètement largués. « C’est difficile monsieur votre cours ! » Tu m’étonnes p’tit gars, j’ai complètement oublié que tu n’avais que 10 ans ! Pour bien leur faire comprendre, j’ai évoqué le racisme anti-Polonais, comme quoi certaines personnes croient à tort que les Polonais sont des poivrots qui battent leurs femmes et que c’est faux parce que les Polonais sont des gens comme vous et moi. J’ai même réussi à leur parler de Max Weber et de Lévi-Strauss, je crois même avoir balbutié le mot « déterminisme ». En somme, je me suis pris pour un prof de fac. N’importe quoi. « Tu dois utiliser des notions simples, oublie les définitions de l’Encyclopédie sinon t’as pas fini ! » Merci Mag, pour ce sage conseil. Le problème c’est que lorsqu’ils posent des questions, on a envie de leur répondre de la manière la plus précise et la plus documentée qui soit, surtout sur ce sujet sensible. Et on s’embarque dans des digressions incontrôlables.
Je vais leur demander de faire un dessin, ce sera plus simple.

La classe de Mag

L’une de ces élèves est tout de même un cas qui mérite d’être raconté. Elle a officiellement huit nationalités. Son père est Nigérian né au Togo, sa mère Béninoise née en France, son grand-père est Portugais, elle-même est née aux USA et a passé toute sa vie au Sénégal. J’ai oublié l’histoire de la huitième. Je lui ai demandé ce qu’elle répondait quand on lui demande sa nationalité, elle m’a dit : « je sais pas encore, monsieur, j’ai jusqu’à mes 18 ans pour choisir ». Citoyenne du monde ou apatride ? Mutliculurelle ou sans culture fixe ? C’est comme ce gamin Libano-Marocain né au Sénégal, qui ne connaît rien de la France mais qui va pourtant y vivre dans quelques mois, emmené par son père. Ou cette fille, américano-sénégalaise née en France qui ne connaît aucun de ces pays puisqu’elle vient de rentrer du Maroc… Les parents voyagent, le père pose sa graine quelque part, la mère accouche ailleurs, l’enfant est trimbalé d’école en école et de pays en pays, puis les parents divorcent, se remettent avec d’autres étrangers, et ainsi de suite. Ces mômes là sont de vrais chanceux : ils vont avoir du mal à affirmer leur identité, mais elle sera la somme d’un nombre incroyable d’influences. S’il y a des enfants qui ne peuvent pas comprendre le racisme, c’est bien ceux-là.

La cour de l'école franco-sénégalaise de Fann.

 

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Novembre sous le soleil

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